Mobilisation lycéenne à La Réunion : 22 établissements concernés, 18 interpellations et sept blessés parmi les forces de l’ordre
Ce lundi 5 octobre 2026, la journée scolaire de milliers d’élèves réunionnais a été perturbée par la poursuite du mouvement lycéen. Selon la préfecture de La Réunion, 22 établissements ont été touchés par des manifestations, dont sept collèges, une première depuis le début de la mobilisation. Aucun établissement n’a toutefois été bloqué, assure la préfecture. Mais en marge des rassemblements, des incidents et des violences ont éclaté en plusieurs points de l’île, perturbant la vie de quartiers entiers et mobilisant plus de 300 policiers et gendarmes.
Un bilan qui touche d’abord les usagers des services publics
Le bilan communiqué par la préfecture fait état de 18 personnes interpellées ce lundi matin, dont trois majeurs. Sept représentants des forces de l’ordre ont été blessés : deux gendarmes, quatre policiers nationaux et un policier municipal. Les sapeurs-pompiers, eux, ont dû intervenir sur plusieurs départs de feu liés à ces incidents, ce lundi comme la semaine dernière, alors même que la période, propice aux feux de végétation, exige leur mobilisation ailleurs, note la préfecture.
À Saint-André, les habitants ont directement subi les conséquences des tensions. Des galets ont été jetés sur des bus de la gare routière, située non loin du lycée Jean Perrin, perturbant durablement le trafic. La préfecture indique que 200 jeunes, majoritairement cagoulés, s’étaient regroupés entre les lycées Jean Perrin et Sarda Garriga. Des poubelles ont été incendiées et des projectiles lancés sur les forces de l’ordre, qui ont eu recours aux gaz lacrymogènes pour ramener le calme. Cinq personnes ont été interpellées. À Saint-Denis, quatre interpellations ont été réalisées pour jets de poubelles, outrage à agent et rébellion.
Des incidents en marge de rassemblements restés pacifiques
Au lycée Patu-de-Rosemont à Saint-Benoît, des bouteilles d’eau et des galets ont été jetés en direction des forces de l’ordre, sans que l’établissement ne ferme. Les gaz lacrymogènes auraient été utilisés en réplique, et les élèves partis en cours ont été confinés à l’intérieur le temps que la situation s’apaise, a indiqué la direction aux parents d’élèves. Un gendarme et un policier ont été blessés. La préfecture évoque une tentative d’intrusion empêchée, des dégradations, des tentatives d’incendie et des véhicules d’enseignants visés par des projectiles sur le parking. La manifestation réunissait une cinquantaine de lycéens.
Au lycée hôtelier de Plateau Caillou, le portail a cédé sous la pression des manifestants, entraînant l’intervention des gendarmes. Trois personnes ont été interpellées, dont une en possession d’une mitraillette factice. La préfecture attribue ces débordements à des individus cagoulés extérieurs au mouvement lycéen. Au lycée Evariste de Parny, également à Plateau Caillou, la tension a duré jusqu’à la fin de matinée, sans toutefois dégénérer. À Saint-Louis, un véhicule de gendarmerie a été caillassé devant le lycée de Roches Maigres, et des tensions observées aux abords du lycée Antoine Roussin. Au collège Harry Gruchet, à la Chaloupe Saint-Leu, quelques jeunes cagoulés ou masqués ont irrupté dans l’établissement vers 10h30, entraînant le confinement temporaire des élèves et l’intervention des gendarmes. La tension est retombée à la mi-journée.
Le préfet Patrice Latron apporte son soutien aux forces de l’ordre, qui interviennent, selon lui, avec responsabilité et discernement, ainsi qu’aux enseignants et personnels de l’Éducation nationale confrontés aux incidents, certains ayant vu leur véhicule personnel dégradé. Il appelle chacun à la responsabilité et rappelle que l’expression des revendications lycéennes ne peut passer par les violences. L’État, précise le communiqué, ne laissera pas les violences s’installer : leurs auteurs seront recherchés, interpellés et poursuivis.
Ce que disent les élèves
Derrière les incidents, les revendications des lycéens portent sur leur quotidien scolaire. Saïd, élève du lycée Jean Perrin, se plaint de la présence policière : la police ne voulait pas qu’ils soient à côté de leur lycée, dit-il, racontant avoir reçu des tirs de gaz lacrymogènes. Il dit voir son établissement comme une prison. Joséphine, une autre lycéenne, dénonce l’interdiction des savates et du short dans cette chaleur, ainsi que des journées de 7h à 17h. Loïc, 19 ans, pointe les journées trop longues, les longs trajets domicile-école et les classes surchargées : plus de professeurs signifierait moins d’élèves par classe, estime-t-il.
Au lycée Louis Payen de Saint-Paul, environ 200 élèves ont choisi de ne pas se rendre en cours par solidarité avec les autres établissements. Héléna Duport, lycéenne, reconnaît que son établissement n’est pas le plus à plaindre, mais cite les absences de professeurs non remplacées et un algorithme de Parcoursup désavantageux. Jeanne, une autre élève, abonde dans le même sens. L’interdiction du téléphone portable et le temps trop court pour déjeuner, une heure jugée insuffisante, alimentent aussi le mécontentement. Ulysse, élève de terminale, juge inadmissible l’usage du gaz lacrymogène contre des manifestants, notamment dans l’Hexagone. Darel, également en terminale, réclame davantage d’écoute de la part de l’Éducation nationale, évoquant des erreurs de spécialités en début d’année ayant conduit à de la phobie scolaire et de l’anxiété.
Au lycée Pierre Poivre à Saint-Joseph, les manifestants exprimaient leur solidarité avec les élèves de l’Hexagone, durement réprimés la semaine dernière selon eux. Thaïs Bénard, lycéenne, dénonce des élèves frappés et étranglés, et évoque la pression liée à Parcoursup et au budget réduit de l’Éducation nationale.
Un mouvement national en arrière-plan
Vendredi 2 octobre, 17 lycées de l’île s’étaient déjà mobilisés, avec des dérapages notamment au lycée Boisjoly Potier du Tampon et au lycée François de Mahy à Saint-Pierre : 28 interpellations et six blessés parmi les forces de l’ordre. Parti mi-septembre de région parisienne, le mouvement s’est étendu la semaine dernière. L’exécutif recense en France 5 000 interpellations, dont environ 85 % de mineurs, 24 établissements incendiés ou saccagés et 78 personnels de l’Éducation nationale blessés, généralement par des personnes extérieures aux lycées concernés, selon le ministre de l’Éducation Edouard Geffray. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a demandé dans une feuille de route que les cours reprennent partout où c’est possible, et confié à ses ministres cinq chantiers issus des conseils académiques de la vie lycéenne, avec de premières décisions attendues avant la fin du mois. Les élèves, eux, attendent de voir si ces annonces répondront concrètement à leurs revendications sur les conditions de scolarité.