Grippe à La Réunion : Santé publique France sous la loupe alors que les hospitalisations bondissent de 26 %
L’épidémie de grippe qui s’installe à La Réunion depuis plusieurs semaines met en lumière le travail de veille mené par Santé publique France (SPF), dont une étude récente décortique la singularité de ce virus saisonnier dans le département. Selon l’agence sanitaire, la grippe y présente, d’une année sur l’autre, “des saisonnalités très différentes”. Entre janvier 2012 et 2022, huit épidémies ont été recensées dans l’île, d’une durée moyenne de treize semaines. Le virus, depuis, fait de la résistance.
Les données de SPF montrent une grande variabilité dans le calendrier et l’intensité des épidémies. Celle de 2012 n’a duré que six semaines, contre vingt-quatre semaines en 2016, année marquée par deux vagues successives. Entre 2017 et 2021, les épidémies étaient plus tardives, démarrant à la mi-août pour s’achever en décembre.
L’année 2016 demeure celle où la grippe a le plus touché La Réunion. En médecine de ville, cette épidémie en deux vagues a généré le plus grand nombre de consultations pour syndrome grippal, avec plus de 6 000 cas recensés, tandis que celle de 2021 en a comptabilisé le moins, soit 720. Sur le plan hospitalier, c’est l’épidémie de 2017 qui a enregistré la part d’activité des passages aux urgences pour grippe la plus élevée, avec 3,7 % en semaine 39.
Qu’en est-il aujourd’hui ? Les derniers chiffres de surveillance indiquent que l’épidémie demeure forte en 2026. Le taux d’activité pour ce motif s’établissait la semaine dernière à 3,8 % de l’activité totale des urgences, stable par rapport à la semaine précédente (3,8 % en S38). Le nombre d’hospitalisations progressait de 26 %, passant de 23 en S38 à 32 en S39. Les moins de 15 ans et les personnes de 65 ans et plus étaient les plus concernés par une hospitalisation, représentant respectivement 38 % et 41 % des cas.
L’étude de SPF, qui couvre l’ensemble des territoires ultramarins, souligne que “les virus prédominants au cours d’une saison donnée n’ont pas systématiquement été les mêmes dans les différents territoires ultramarins”. La saison 2012-2013 a ainsi été majoritairement due à des virus de type A dans les Antilles françaises et à La Réunion. En 2017-2018, le virus B/Yamagata a le plus circulé en Guyane, en Guadeloupe et à La Réunion. En 2017, les virus dominants à La Réunion étaient de type B, alors qu’à Mayotte co-circulaient les virus A(H1N1)pdm09 et B/Yamagata. En 2022, Mayotte connaissait une circulation quasi exclusivement de type A(H3N2), tandis que La Réunion voyait co-circuler les virus A(H1N1)pdm09 et A(H3N2).
Face à ces épisodes répétés, les autorités sanitaires insistent sur les facteurs qui aggravent la situation. Le Docteur Kévin Diallo, praticien hospitalier au service de maladies infectieuses du CHU Sud, expliquait récemment qu‘“il existe de nombreux facteurs intervenant dans l’efficacité du système immunitaire”. “Le mode de vie est impactant (exemple du tabagisme), de même que certaines prédispositions génétiques ou encore des fragilités individuelles (immunodépressions, comorbidités)”, ajoutait-il, précisant que “l’immunité s’affaiblit avec l’âge ou par la présence d’une immunodépression (constitutionnelle ou acquise)”. Le froid ne peut toutefois être totalement écarté. Le professeur Xavier de Paris, directeur de la veille sanitaire à l’ARS, rappelait il y a quelques mois que “la surprescription, la surutilisation d’antibiotiques et l’automédication ce n’est pas bon”, car “cela permet aux bactéries qui ont la capacité de s’adapter aux médicaments de devenir résistantes à ces antibiotiques”.
Sur le front de la prévention, la couverture vaccinale des personnes ciblées à La Réunion est restée inférieure à 35 % entre 2017 et 2024, un niveau que les autorités jugent insuffisant. La vaccination est possible dès l’âge de six mois et recommandée pour les personnes à risque de complications : les 65 ans et plus, les personnes atteintes de certaines maladies chroniques, les femmes enceintes, les personnes obèses avec un indice de masse corporelle supérieur ou égal à 40 kg/m², ainsi que les personnes séjournant dans un établissement de soins de suite ou médico-social. Elle est également conseillée aux professionnels de santé et à l’entourage des personnes fragiles, notamment des nourrissons de moins de six mois présentant des facteurs de risque de grippe grave, ainsi qu’au personnel navigant des bateaux de croisière et des avions. Selon SPF, des stratégies visant à accroître l’adhésion à la vaccination et aux mesures barrières, ainsi qu’une meilleure adaptation des campagnes de prévention aux spécificités territoriales, doivent être développées afin de réduire le fardeau de la grippe sur la population et sur le système de soins, et de protéger les plus vulnérables.
En attendant, des mesures d’hygiène simples restent recommandées. Le malade doit limiter ses contacts, notamment avec les personnes fragiles, porter un masque jetable lors de ces contacts, tousser ou éternuer dans le pli du coude ou dans un mouchoir en papier, se laver les mains à l’eau et au savon, ou à défaut avec une solution hydro-alcoolique, et aérer les pièces. Son entourage est invité à éviter les contacts rapprochés, à se laver les mains après tout contact avec le malade ou son matériel, et à nettoyer les objets qu’il utilise couramment.
La question qui reste ouverte : les recommandations de SPF sur l’adaptation territoriale des campagnes de prévention parviendront-elles à redresser une couverture vaccinale plafonnée sous les 35 % depuis 2017 ?