La flambée des prix à la pompe pèse désormais directement sur l’économie des marchés français. Le signal est chiffré : au deuxième trimestre 2026, les commerces de bouche ambulants ont enregistré un recul de 2,6 % de leur chiffre d’affaires, contraction qui traduit des arbitrages économiques concrets chez les opérateurs du secteur.
Pour Olivia Quillet, productrice de poulets, chaque plein de sa camionnette frigorifique coûte 35 euros de plus. Un surcoût qu’elle ne peut répercuter sur ses clients sans risque de perdre des ventes. “Je ne peux pas trop répercuter le prix du carburant sur la viande. Je répercute ce prix-là sur mon salaire”, explique-t-elle. La facture du carburant est donc absorbée directement dans la rémunération de l’exploitante, signe d’une compression des marges déjà fragile.
Par contraste, Sylvia Zimmerman, qui vend des petits jouets et de la mercerie depuis l’âge de 16 ans, a fait le calcul différemment : elle a réduit son périmètre géographique. Pour la première fois, elle ne se déplace plus dans certains marchés habituels. “On choisit les marchés moins loin parce que ça revient un peu cher, les véhicules. On a tout de suite 12, 13 litres, 15 litres au 100”, détaille-t-elle. Une consommation élevée qui rend les tournées les plus éloignées économiquement non viables.
Le phénomène se lit aussi sur les places vacantes des grands marchés. Avec ses 130 exposants, celui de Saint-André-de-Cubzac (Gironde) figure parmi les plus réputés du département, mais certaines places restent désormais sans preneur. “C’est vrai qu’il y a des commerçants passagers, qui sont là un samedi sur deux”, observe une habituée. Les plus gros camions-boutiques, qui enchaînent six marchés par semaine et parcourent ainsi des centaines de kilomètres, sont les plus exposés au renchérissement du gasoil.
Sébastien Bris, ostréiculteur installé en Charente-Maritime, illustre l’ampleur des coûts logistiques pour les opérateurs à large zone de vente. Avec trois camionnettes et un poids lourd, il écoule sa production jusque dans l’est de la France. “Rien que pour faire la Gironde, il me faut 200 euros de gasoil pendant le week-end. On n’y arrive pas, on prend sur nos marges. Parce que si on augmente nos huîtres, on ne les vendra plus. C’est déjà dur pour tout le monde”, résume-t-il. Le dilemme est classique : répercuter la hausse des coûts sur les prix de vente, au risque de dégrader la demande, ou l’absorber dans des marges déjà réduites.
La demande, précisément, faiblit elle aussi. La fréquentation des marchés est en baisse, les clients hésitant à se déplacer. “D’habitude, je viens exprès tôt parce que je suis sûr de ne pas faire la queue. Là, même si j’arrive à 9 heures, il n’y a pas de soucis à ce niveau-là”, constate un client. “Oui, d’habitude, c’est plus fréquenté que ça. Je pense que la rentrée est très difficile”, estime une habitante.
Pour les commerçants ambulants, dont le modèle repose sur la mobilité et sur des volumes de vente répartis sur plusieurs communes, la hausse du carburant agit comme un impôt sur l’activité elle-même. Ceux qui peuvent se le permettre restreignent leur zone géographique ; ceux qui ne le peuvent pas voient leur salaire fondre. Le recul de 2,6 % du chiffre d’affaires des commerces de bouche ambulants au deuxième trimestre 2026 donne la mesure d’un secteur où les coûts de transport pèsent désormais directement sur la viabilité économique, tandis que la baisse de fréquentation ampute simultanément les débouchés. Reste à savoir si ces opérateurs pourront maintenir leurs tournées si les prix du gasoil restent à ce niveau.