Dunkerque : une enquête disciplinaire ouverte après un rodéo de la police au milieu de lycéens
Des dizaines d’adolescents en fuite, un 4x4 de la Police nationale qui slalome à vive allure entre eux, monte sur un trottoir, recule puis repart en emportant une poubelle : les images tournées lundi à Dunkerque (Nord) ont suscité une vive émotion et posé une question directe au cœur du débat public, celle de la sécurité des mineurs lors des rassemblements. C’est pour répondre à cette inquiétude que le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a annoncé, mercredi, l’ouverture d’une enquête disciplinaire.
Les vidéos, largement diffusées sur les réseaux sociaux, montrent le véhicule effectuer des manœuvres au milieu de plusieurs dizaines de jeunes manifestants, qui s’enfuient en courant. Pour la Ligue des droits de l’Homme (LDH), ces images sont «choquantes», un qualificatif repris par le ministre lui-même.
Interpellé mercredi lors d’une audition devant la commission des Lois de l’Assemblée nationale, Laurent Nuñez a détaillé les suites immédiates données à l’incident. «J’ai vu ces images, il y a une enquête disciplinaire qui est en cours, il y a un rappel à l’ordre qui a été effectué», a-t-il déclaré. «Le préfet s’en est saisi, (…) le DIPN a fait des rappels à l’ordre et il y a une enquête disciplinaire, nous verrons ce dont il s’agit», a ajouté le ministre, dont les services sont précisément chargés d’encadrer l’usage de la force publique et de garantir la protection des citoyens.
Du côté de la police, une responsable de la Direction interdépartementale de la Police nationale (DIPN) du Nord a indiqué que l’incident n’avait pas fait de blessé. Elle a toutefois reconnu que la manière dont le véhicule a été utilisé «ne correspond pas aux doctrines d’emploi (de la force) et aux orientations données par le ministère de l’Intérieur, le préfet et le directeur interdépartemental» de la police. Un aveu qui souligne, au-delà du cas dunkerquois, l’enjeu de confiance entre les forces de l’ordre et la population qu’elles sont chargées de protéger.
La LDH a réagi avec fermeté. «C’est extrêmement choquant. Ce sont des mineurs, des enfants», a déclaré auprès de l’AFP Emmanuelle Jourdan-Chartier, vice-présidente de l’organisation, à propos de ces images. La ligue a lancé un appel à témoignages en vue d’éventuellement saisir les rapporteurs spéciaux des Nations Unies, une démarche qui place l’affaire dans le cadre plus large de la protection des droits fondamentaux.
L’organisation a aussi rappelé le cadre juridique censé encadrer les opérations de maintien de l’ordre. «Pour une dispersion de manifestation, les forces de l’ordre ne peuvent employer que des armes spécifiquement autorisées, et certainement pas un véhicule», a ajouté Emmanuelle Jourdan-Chartier, en dénonçant un «point de bascule». Un argument qui rejoint la préoccupation de nombreux parents et éducateurs face à des scènes impliquant des lycéens.
L’ensemble de ces développements a été notamment relaté par Le Figaro, dont le compte rendu est accessible à cette adresse : https://www.lefigaro.fr/faits-divers/dunkerque-une-enquete-disciplinaire-ouverte-sur-un-rodeo-de-la-police-au-milieu-de-lyceens-20261008
Reste à savoir quelles conclusions tirera l’enquête disciplinaire ouverte à la suite de ces manœuvres. Pour les familles des lycéens présents lundi à Dunkerque, comme pour tous les citoyens attentifs aux conditions d’exercice du maintien de l’ordre, la réponse des autorités sera scrutée de près, tant il s’agit de garantir que la sécurité de tous, et en particulier des plus jeunes, reste la première finalité de l’action policière.