New Delhi à l’heure du blocus : des rues barricadées, des milliers d’interpellations et des manifestants qui refusent de renoncer
Dimanche, dans le centre de New Delhi, les habitants se sont réveillés dans une capitale figée. Rues barricadées, circulation interdite, transports en commun suspendus, internet mobile coupé. Tout le week-end, un dispositif de sécurité d’envergure a verrouillé le cœur de la ville pour empêcher un rassemblement de protestation organisé par les « cafards », ce mouvement né au printemps sur internet pour fédérer la colère des étudiants contre le système éducatif, devenu depuis une force de contestation du Premier ministre ultranationaliste hindou Narendra Modi. Le détail du verrouillage policier a été relaté notamment par Sud Ouest, que l’on peut consulter ici : https://www.sudouest.fr/international/asie/inde/inde-le-centre-de-new-delhi-reste-verrouille-par-la-police-avant-une-manifestation-de-l-opposition-31029488.php
Pour les organisateurs, l’objectif de la marche prévue l’après-midi était clair : rejoindre la Cour suprême pour exiger la démission du président de la commission électorale, Gyanesh Kumar. À la pointe de la mobilisation, le chef de l’opposition Rahul Gandhi a appelé ses partisans à s’y joindre. « Que tous ceux qui croient en la démocratie et qui veulent la défendre nous rejoignent […] ces couards ne peuvent rien contre nous », a lancé l’élu du parti du Congrès.
Derrière les barricades, ce sont d’abord des jeunes dirigeants et des manifestants ordinaires qui ont fait les frais du week-end. Samedi et dimanche, les forces de sécurité ont procédé à de très nombreuses arrestations préventives, au moins 20 000 selon les médias locaux, au motif que le rassemblement n’était pas autorisé. La police a notamment interpellé les trois principaux dirigeants du Parti du peuple des cafards (CJP), dont son fondateur, Abhijeet Dipke. Relâchés vingt-quatre heures plus tard, comme la plupart des autres personnes interpellées, les trois jeunes hommes ont étrillé le gouvernement. « Modi fait honte à l’Inde », a écrit Abhijeet Dipke sur X, ajoutant que « le pays n’a jamais connu pire couard et pire brute ».
Des élus eux-mêmes disent avoir subi la violence des forces de l’ordre. Le député John Brittas, élu du Parti communiste d’Inde, a affirmé avoir été victime de violences policières. « Ce n’est pas juste une attaque contre un élu, c’est une attaque contre les libertés démocratiques et l’État de droit », a-t-il dénoncé. De nombreux manifestants ont, comme lui, mis en cause le comportement des forces de sécurité. De son côté, la police n’a répondu à aucune accusation de brutalité et n’a pas publié de décompte des arrestations.
Meanwhile, les professionnels des médias ont également payé un tribut au verrouillage. Reporters sans frontières (RSF) a dénoncé la détention « inacceptable » d’au moins 16 journalistes pendant le week-end. Saisie en urgence, la Cour suprême a rappelé dimanche le gouvernement au strict respect de la loi, une intervention qui souligne l’ampleur des tensions autour de cette mobilisation.
Au fond de la fronde, il y a une question qui touche directement des dizaines de millions de citoyens : leurs noms sur les listes électorales. Depuis plusieurs semaines, l’opposition parlementaire, qui dénonce la « dictature » du pouvoir, et les « cafards » mènent la contestation contre une révision des listes électorales qui a permis la radiation de 130 millions d’inscrits, selon le décompte des médias. Entamée l’an dernier, cette opération de nettoyage visait, selon les autorités électorales, à en retirer les doublons, les défunts et les fraudeurs.
Malgré les barrages et les interpellations, la promesse des organisateurs tient. Les « cafards », comme l’opposition, ont annoncé qu’ils poursuivraient la mobilisation jusqu’au départ de Gyanesh Kumar. Pour les habitants de la capitale, dont le week-end s’est déroulé entre barricades et connexions coupées, l’issue de ce bras de fer reste incertaine. Mais la détermination affichée par les manifestants, elle, ne faiblit pas.