Maurice : couvre-feu après des violences, crise de gouvernance

Un État stable face à l'épreuve de la redevabilité et des services publics

Maurice : couvre-feu après des violences, crise de gouvernance

L’île Maurice traverse une crise de gouvernance d’une ampleur inhabituelle pour un État traditionnellement présenté comme l’un des plus stables et prospères d’Afrique. Face à une vague de violences ayant entraîné une centaine d’arrestations depuis le début de la semaine, les autorités ont décrété un couvre-feu couvrant environ un tiers du territoire et suspendu les cours dans les écoles, collèges et lycées jusqu’à ce vendredi. Les médias locaux font quotidiennement état de routes bloquées, de voitures incendiées et de pillages.

La crise trouve son origine dans des défaillances de service public que l’exécutif peine à contenir. Depuis deux semaines, la population subit d’importantes coupures d’eau, sur fond de hausse du coût de la vie. À Curepipe, deuxième ville du pays, l’approvisionnement ne fonctionnait plus qu’un jour sur deux, selon Le Mauricien, sur décision de la Central Water Authority. L’établissement public est par ailleurs accusé de manquer de fiabilité et de transparence dans ses annonces, un reproche qui place la question de la redevabilité au cœur du débat.

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Ram Etwareea, député de l’Alliance majoritaire, a décrit auprès de la radio-télévision suisse une situation structurelle : « À Maurice, il y a cette pénurie d’eau qui est là depuis plusieurs mois voire plusieurs années, avec des infrastructures totalement vétustes. Il n’a pas plu depuis longtemps et c’est la seule source d’eau chez nous. La population n’a pas un approvisionnement régulier de l’eau et ça provoque de la colère. Avec l’inflation, le pouvoir d’achat et les problèmes liés aux pensions, la pénurie d’eau prend une ampleur très importante. »

Le point de bascule est survenu il y a une semaine, au sud de Port-Louis, lorsqu’un policier a grièvement blessé une femme par balle en marge de manifestations. Selon plusieurs médias mauriciens, la victime ne participait pas aux protestations et rentrait chez elle après sa journée de travail. L’agent a été identifié et une enquête est ouverte, la femme étant désormais tirée d’affaire. Cette affaire illustre les questions de contrôle de l’action policière qui se posent désormais aux autorités, dans un contexte où l’usage de la force publique est directement mis en cause.

Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a salué ce jeudi un apaisement observé au cours des dernières vingt-quatre heures. Il a également désigné les trafiquants de drogue comme suspects derrière les violences, ce trafic constituant depuis des années un enjeu social et sécuritaire majeur sur l’île. Le chef du gouvernement a ainsi choisi de déplacer une partie de la responsabilité vers des acteurs criminels, une lecture que les prochains jours devront confirmer.

Sur le plan des mesures, le gouvernement a annoncé, selon Outre-mer la 1ère, le déblocage de fonds destinés à aider les familles à acquérir des réservoirs d’eau, avec une prise en charge de la moitié du prix d’une citerne de mille litres. Cette aide matérielle répond à l’urgence. Elle laisse toutefois ouverte la question de fond : la modernisation d’infrastructures hydrauliques jugées vétustes depuis des années.

L’épisode, commenté dans la revue de presse internationale de Radio France, relève le contraste entre l’image de stabilité dont jouit le pays et la brutalité des événements de ces derniers jours.

Reste à savoir si la combinaison d’un couvre-feu, d’une enquête judiciaire et de mesures d’urgence suffira à restaurer la confiance. La contestation, née de défaillances de services publics et alimentée par un incident de police grave, place désormais les institutions mauriciennes devant un test de transparence et de redevabilité dont l’issue reste incertaine.

Questions-réponses

Quelles mesures d'urgence le gouvernement mauricien a-t-il prises ?

Il a décrété un couvre-feu couvrant environ un tiers du territoire, suspendu les cours dans les écoles, collèges et lycées jusqu'à vendredi, et annoncé le déblocage de fonds pour aider les familles à acquérir des réservoirs d'eau, avec une prise en charge de la moitié du prix d'une citerne de mille litres.

Quel incident a marqué le point de bascule de la crise ?

Il y a une semaine, au sud de Port-Louis, un policier a grièvement blessé par balle une femme qui ne participait pas aux manifestations et rentrait chez elle. L'agent a été identifié, une enquête est ouverte et la victime est tirée d'affaire.

Quel rôle la Central Water Authority joue-t-elle dans la crise ?

Cet établissement public gère l'approvisionnement en eau et a décidé, à Curepipe, de ne fournir l'eau qu'un jour sur deux. Il est accusé de manquer de fiabilité et de transparence dans ses annonces, ce qui place la redevabilité au cœur du débat.

Comment le Premier ministre Navin Ramgoolam a-t-il réagi ?

Il a salué un apaisement observé au cours des dernières vingt-quatre heures et a désigné les trafiquants de drogue comme suspects derrière les violences, déplaçant ainsi une partie de la responsabilité vers des acteurs criminels.