Madagascar, un an après le coup d’État: le calendrier politique fixé par la Transition reste suspendu à un chantier central, les concertations nationales, dont dépendent les lois électorales et la réforme constitutionnelle qui doivent ouvrir la voie à la refondation du pays. C’est de ce processus, patronné par le Conseil œcuménique des Églises chrétiennes de Madagascar, que doit émerger le cadre des scrutins constitutionnel et présidentiel prévus l’année prochaine, et donc les conditions d’une sortie de transition. Or, relève Jeune Afrique, ces concertations, déjà repoussées six fois ces derniers mois, n’ont pas vraiment démarré depuis leur lancement pénible en mai.
Ce retard engage directement la viabilité de la séquence prévue. Sans concertations abouties avant décembre, le calendrier des scrutins, et avec lui la perspective d’un retour à une gestion civile des affaires, reste incertain. L’enjeu est donc moins un débat idéologique qu’un calendrier opérationnel, dont dépend la sortie de crise économique et politique du pays.
Le chef de l’État, le colonel Michaël Randrianirina, a fixé la ligne. La veille de la date anniversaire, rapporte Madagascar Tribune, il avait affirmé lors d’un discours qu’il ne comptait pas ouvrir de négociations politiques autour d’une éventuelle redistribution des responsabilités gouvernementales. Pour lui, la priorité demeure la consultation des citoyens, sous la conduite du Conseil œcuménique, avec en ligne de mire l’achèvement des concertations avant décembre. Hier, à l’occasion du 14 octobre, date anniversaire de la proclamation de la république de Madagascar en 1958, il a affirmé que l’indépendance de Madagascar restait à conquérir, petite phrase reprise notamment par le quotidien L’Express.
Ce blocage institutionnel plonge ses racines dans la séquence de l’an dernier. Les jeunes de la Gen Z étaient descendus dans les rues le 25 septembre pour dénoncer les coupures d’eau et d’électricité, manifestation concrète d’un mécontentement quotidien. Les événements s’étaient ensuite enchaînés: rejet des autorités en place, ralliement de l’armée, fuite du président Rajoelina et prise du pouvoir par les militaires le 14 octobre. Un moment que Le Monde Afrique examine de près: les indignés de Tana, le surnom de la capitale malgache, auraient-ils laissé passer leur chance le 12 octobre 2025? L’espace de quelques heures, entre la fuite en catimini d’Andry Rajoelina et l’adoubement de Michaël Randrianirina, le sommet de l’État a sonné vide. Si on avait dit, à ce moment-là, que l’on prenait le pouvoir, l’histoire aurait pu être complètement différente, songe Elliot, l’un des meneurs de la Gen Z, avant d’ajouter: mais on n’avait pas de programme, pas de gouvernement prêt, pas de figure de consensus. Ça nous a manqué et ça nous manque toujours.
Le bilan du mouvement, social autant qu’économique, est au centre du tableau dressé par Le Monde Afrique, qui publie ce jeudi le premier volet d’une série de quatre reportages dans la Grande Île sous le titre: pour la Gen Z de Madagascar, un an après le putsch militaire, les lendemains qui déchantent. Une portion de cette Gen Z a rejoint le pouvoir, la grande majorité est rentrée chez elle, pendant qu’un dernier carré prépare l’avenir, résume le site panafricain Afriquinfos, pour qui l’après de la transition militaire constitue tout l’enjeu des concertations nationales. Les principaux responsables politiques préfèrent débattre de sujets stériles, déplore le site, comme la question récurrente du fédéralisme, plutôt que d’écouter une Gen Z trop affaiblie par ses divisions pour pouvoir peser sur les débats.
Entre-temps, le pouvoir a voulu marquer symboliquement l’anniversaire. Le 25 septembre dernier, la Transition malgache a honoré la Gen Z avec une stèle singulière érigée pour l’an 1 de la révolution anti-Rajoelina, relève Afriquinfos. Une stèle que Jeune Afrique décrit comme une plaque en marbre noire, qui ne déparerait pas dans un cimetière, où l’on voit quatre jeunes qui brisent leurs chaînes sous la protection d’un béret vert, arme au poing, devant un drapeau malgache déployé au vent.
Cette célébration n’a pas été du goût de tout le monde, note Le Monde Afrique. On est un peu déçus par cette stèle, maugrée Herizo, l’une des figures les plus connues du soulèvement de Tana. On aurait voulu que tous les personnages soient sur le même niveau, alors que, là, on a le sentiment que l’armée surveille la population et qu’elle a le rôle principal. Les militaires en haut, le peuple en bas: cette stèle dit tout, renchérit une géographe, personnalité phare de la société civile malgache, qui se présente comme la grande sœur de la Gen Z. On nous avait promis une nouvelle aube en matière de droits et de liberté d’expression, confie Elliot, avant d’ajouter: j’ai l’impression d’avoir été trahi.
Pour une lecture complète de ce dossier, la revue de presse est disponible sur RFI à l’adresse https://www.rfi.fr/fr/podcasts/revue-de-presse-afrique/20261015-%C3%A0-la-une-madagascar-un-an-apr%C3%A8s-le-coup-d-%C3%A9tat. La question qui reste ouverte, à un an du putsch, est de savoir si les concertations nationales pourront réellement aboutir avant décembre, condition sine qua non des scrutins prévus l’année prochaine.