En Chine, ce sont les usines qui font vivre l’économie, pas les acheteurs. Au troisième trimestre, le PIB a progressé de 4,5 % sur un an, selon les chiffres publiés le 19 octobre par Pékin. Le rythme est légèrement en hausse. Et il est porté avant tout par le commerce extérieur.
Pour les professionnels sur le terrain, ces statistiques, accueillies avec prudence, racontent une réalité simple : les exportations font tourner l’économie, pendant que la consommation intérieure reste morose. Sur les neuf premiers mois de l’année, la croissance atteint 4,6 %, en ligne avec l’objectif annuel de « 4,5 % à 5 % » fixé par le régime communiste, le plus bas depuis des décennies. Le Bureau national des statistiques s’est félicité d’une économie nationale ayant démontré une « solide résilience et vitalité ». Mais derrière cet optimisme officiel, le quotidien reste celui d’un pays qui produit et vend au reste du monde, sans que la demande des ménages chinois ne prenne le relais.
Ce dynamisme à l’export n’a rien d’un accident. En dépit de la crise au Moyen-Orient et de l’escalade des tensions commerciales avec l’Union européenne, le géant asiatique poursuit sa fuite en avant exportatrice. Ses exports ont bondi de 36,3 % en septembre sur un an, un chiffre qui augure d’un nouveau bénéfice commercial record pour 2026. Ces flux sont dopés par le boom mondial de l’intelligence artificielle, comme en témoigne la hausse de 14,2 % sur un an de la valeur ajoutée des produits high-tech. L’usine du monde se positionne déjà en leader de ce secteur.
Pour les travailleurs et les entreprises qui vivent de ces chaînes de production, l’IA n’est pas une abstraction. Elle se traduit en commandes, en volume de fabrication, en chiffres d’affaires à l’export. C’est là que se joue, concrètement, la résilience que Pékin met en avant. Mais ce moteur extérieur a aussi son revers pour les habitants : tant que la consommation intérieure reste faible, c’est la demande étrangère, avec ses aléas géopolitiques, qui détermine le rythme de l’économie et, in fine, les perspectives de ceux qui en dépendent.
Ce modèle suscite d’ailleurs l’agacement des partenaires commerciaux du pays. L’Europe et les États-Unis martèlent depuis des mois des appels insistants au « rééquilibrage » de l’économie chinoise, c’est-à-dire un appui plus grand sur la demande intérieure et moins sur les excédents commerciaux. Pékin, pour l’instant, les ignore. Les chiffres du troisième trimestre montrent que la deuxième économie mondiale maintient son rythme sans céder à cette pression, et que son choix stratégique reste l’exportation.
La référence de ce décryptage est l’article du Figaro « Super-vendeur : en Chine, l’export soutenu par l’intelligence artificielle tire toujours la croissance », accessible à cette adresse : https://www.lefigaro.fr/conjoncture/super-vendeur-en-chine-l-export-soutenu-par-l-intelligence-artificielle-tire-toujours-la-croissance-20261019
Au bout du compte, la photographie est celle d’un pays à deux vitesses économiques. D’un côté, des secteurs high-tech portés par l’intelligence artificielle qui cartonnent à l’export et soutiennent la croissance nationale. De l’autre, une consommation des ménages qui peine à décoller, malgré les attentes des partenaires occidentaux et l’objectif officiel de croissance. Tant que ce déséquilibre persistera, ce seront les usines, les exportateurs et les marchés étrangers qui continueront de tirer l’économie chinoise, et non les portefeuilles des consommateurs chinois.