La décision vient du sommet de l’État mauricien. Le bureau du Premier ministre Navin Ramgoolam a annoncé lundi la levée du couvre-feu instauré après une vague de violences. « Le couvre-feu en vigueur ne sera pas reconduit à compter de ce jour », indique le communiqué de l’exécutif, qui précise que « cette décision fait suite à l’évolution favorable de la situation ». Cette annonce clôt une séquence de mesures exceptionnelles décrétées par le gouvernement après des troubles ayant conduit à l’arrestation de 188 personnes, selon des chiffres communiqués à l’AFP par la police.
L’exécutif avait dû gérer une situation d’embrasement général. Le samedi 10 octobre, un policier a grièvement blessé par balle une femme, alors que le pays connaissait des manifestations portant notamment sur la pénurie d’eau et l’augmentation du coût de la vie. Selon le gouvernement, les faits recensés au cours des troubles incluaient « pillage, possession de substances explosives, non-respect du couvre-feu » ou encore « incendie ou dommages causés à des commissariats ».
Le volet judiciaire engage directement la responsabilité des forces de l’ordre. Le policier impliqué, qui selon des témoins avait tiré samedi soir, sans sommation, sur une femme au niveau du cou, a été arrêté et traduit en justice. Cette arrestation intervient alors que la victime, soignée à l’hôpital, a franchi une étape dans son rétablissement : ses proches ont indiqué jeudi à l’AFP qu’elle a marché de nouveau pour la première fois à l’aide d’un déambulateur.
Entre-temps, les institutions du pays retrouvent progressivement leur fonctionnement normal. Les cours, suspendus jeudi et vendredi dans les établissements primaires et secondaires, ont repris lundi. Cette reprise constitue un signal concret du retour à l’ordre public après plusieurs jours de mesures restrictives.
Le dossier soulève plusieurs questions de gouvernance. La première concerne l’usage de la force par les policiers et les procédures qui encadrent les tirs, la version des témoins faisant état d’un tir sans sommation. La seconde touche au maintien de l’ordre lors de rassemblements sociaux, dans un contexte de mécontentement lié à la pénurie d’eau et au coût de la vie. La troisième porte sur l’application effective du couvre-feu, dont le non-respect figure parmi les infractions recensées par le gouvernement.
Le bilan des arrestations, arrêté à 188 personnes selon la police, donne la mesure de l’ampleur des violences que les autorités ont cherché à contenir. Les chefs d’accusation énumérés, qui vont du pillage aux dégradations de commissariats, montrent que les établissements de police eux-mêmes ont été visés au cours des troubles.
Reste à savoir quelles suites judiciaires et administratives seront données aux différents volets de cette crise. Le policier mis en cause devra répondre de ses actes devant la justice, tandis que les personnes arrêtées seront traitées selon les procédures en vigueur. Pour le gouvernement de Navin Ramgoolam, la levée du couvre-feu marque la fin d’une phase d’urgence, mais laisse ouverte la question de l’encadrement de l’action policière et des conditions d’un retour durable de l’apaisement social dans un pays confronté à des tensions persistantes autour de l’eau et du pouvoir d’achat.