La gestion du patrimoine du Département de La Réunion, un chantier de livraison encore inachevé selon la CRC
Quatre cent vingt-quatre sites, près de 100 000 hectares, soit 40 % du territoire réunionnais. Le Département de La Réunion administre un patrimoine historique et naturel d’une ampleur exceptionnelle. Encore faut-il que cette infrastructure foncière fonctionne réellement. C’est tout l’enjeu du rapport de la Chambre régionale des comptes (CRC), qui a examiné de près la manière dont la collectivité entretient, suit et valorise ce domaine. Son verdict est nuancé. Malgré des avancées récentes dans la structuration de la stratégie immobilière, celle-ci demeure, selon la CRC, « incomplète », et plusieurs chantiers de mise en conformité accusent des retards importants.
Le périmètre à administrer est considérable. Le foncier bâti regroupe les collèges, les locaux administratifs, les sites médico-sociaux, les sites culturels ou touristiques ainsi que les casernes des services d’incendie et de secours. Mais l’essentiel du patrimoine départemental, à hauteur de 95 %, relève du foncier non bâti : forêts et espaces naturels sensibles, terres agricoles, terrains d’assiette des réseaux publics routier et d’irrigation, l’ancien chemin de fer de La Réunion, la zone arrière portuaire du Port, ou encore des terrains acquis dans le cadre de programmes d’action foncière.
Sur le plan opérationnel, la CRC relève d’abord un déficit de pilotage. La stratégie consacrée aux bureaux n’a été engagée que tardivement, en novembre 2023, et validée seulement en juin 2025. Cette trajectoire a donné lieu à la création d’une direction de l’aménagement plus spécifiquement chargée de la stratégie immobilière. La Chambre estime par ailleurs que cette stratégie mériterait désormais d’être étendue à l’ensemble du patrimoine. Autre faiblesse de l’outil de gestion : « les données relatives aux biens restent incomplètes et peu fiables », note le rapport. En parallèle, le Département recourt à la location à hauteur de plus de 4 millions d’euros par an. « Le Département éprouve des difficultés à suivre et à optimiser les ressources qu’il peut tirer de son patrimoine », résume la Chambre régionale des comptes de La Réunion.
Les retards touchent aussi la conformité réglementaire des sites. Les travaux d’accessibilité aux personnes handicapées progressent nettement moins vite que prévu : seuls 2,4 millions d’euros ont été dépensés, sur les 78 millions d’euros prévus pour la période 2017-2026. La transition écologique concerne, elle, 126 des 424 sites du département. Des audits énergétiques sont en cours pour définir les travaux nécessaires et intégrer les coûts dans le schéma directeur immobilier. Plusieurs projets immobiliers connaissent par ailleurs des retards susceptibles d’entraîner une dégradation des bâtiments, comme l’hôtel des thermes de Cilaos, l’ancienne villa du préfet à Salazie ou le quadrilatère Rontaunay.
Le rapport rappelle que le « plan de mandature 2021-2028 prévoit de mobiliser le foncier et le patrimoine bâti ». Parmi les projets prioritaires du Département figurent le développement de nouvelles activités sur le foncier de la zone arrière portuaire, le développement de l’offre touristique grâce à la réhabilitation de sites comme le quadrilatère Rontaunay à Saint-Denis, la rénovation de gîts publics de montagne, ou encore la création de structures supplémentaires d’Ehpad en mettant du foncier à disposition. Mais pour mener à bien ces livraisons, des ajustements restent nécessaires. La Chambre a donc formulé six recommandations, portant notamment sur la fiabilité du suivi comptable, le contrôle des copropriétés, la conformité des bâtiments et la prise en compte des enjeux énergétiques.
L’analyse complète est à retrouver dans l’article d’Outre-mer La 1ère, consultable à cette adresse : https://la1ere.franceinfo.fr/reunion/la-crc-pointe-la-strategie-immobiliere-incomplete-du-departement-de-la-reuniondans-la-gestion-de-son-patrimoine-exceptionnel-1752768.html
De son côté, le Département répond que les constats de la Chambre reposent, pour partie, sur des situations en cours de traitement, et que la collectivité a engagé une dynamique réelle, structurée et durable. Un système d’information du patrimoine immobilier doit être mis en service fin 2026, un outil attendu pour fiabiliser le suivi de ce domaine hors norme. Le Département indique enfin prendre l’analyse de la CRC comme un « appel à la vigilance et à la consolidation des dispositifs et initiatives de contrôle existants », et confirme sa « pleine mobilisation en matière de gestion du patrimoine ». Reste à savoir si ce système, annoncé pour fin 2026, suffira à combler l’écart entre les ambitions affichées et l’état réel des 424 sites.