Le blocus des barges entre Grande-Terre et Petite-Terre, lancé ce lundi 2 novembre par les professionnels de la mer, met directement en cause la responsabilité du Département-Région dans la reconstruction des infrastructures portuaires détruites par le cyclone Chido. Réunis au sein de l’association Cluster Tourisme, les prestataires nautiques entendaient, par cette action, forcer l’exécutif territorial à tenir des engagements contractés plusieurs mois plus tôt et restés, selon eux, sans résultat concret.
Le dispositif de blocage a effectivement interrompu la circulation des barges. La dernière embarcation avait quitté Petite-Terre à 6h45 avant de devoir faire demi-tour face aux manifestants. Les professionnels avaient annoncé leur intention de maintenir le blocage jusqu’à 17h ; il a finalement été levé vers 9h30, après qu’un accord de principe a été trouvé avec les autorités pour des premiers aménagements d’urgence, en vue d’une réunion prévue ce mardi au Département-Région.
Au cœur du désaccord figure une question de conformité et d’entretien des équipements publics. L’association Cluster Tourisme a rappelé que “l’absence de pontons fonctionnels et sécurisés continue d’entraîner des contraintes d’exploitation majeures, des surcoûts d’entretien, des difficultés d’assurance et une exposition accrue des navires aux vols”. Depuis le passage de Chido en décembre 2024, Petite-Terre ne dispose plus d’aucun ponton. Celui installé provisoirement en mai 2025 à Mamoudzou est jugé trop petit, pas assez solide et trop proche des barges.
Cette mobilisation n’est pas la première. Les professionnels s’étaient déjà rassemblés en mai, avant d’accepter de lever leur menace en juillet après des engagements pris par le Département-Région. C’est ce temps d’attente que l’association refuse désormais de prolonger : “Aujourd’hui, l’absence de résultats concrets ne permet plus de prolonger cette attente”, explique-t-elle.
Denis Fabre, gérant de Mayotte Explo et exploitant d’un catamaran, détaille les revendications adressées à la collectivité. “On demande ce qu’on avait demandé il y a quatre mois : qu’ils remettent les taquets que les barges avaient arrachés car on ne peut plus accoster au ponton, surtout qu’on est passé en vent d’est donc c’est hyper dangereux”, indique-t-il. Les professionnels réclament également “un ponton d’urgence en Petite-Terre pour embarquer et débarquer les glacières et les clients en toute sécurité, ce sont vraiment les sujets prioritaires”.
Le chef d’entreprise interroge surtout les choix d’investissement de la collectivité depuis le cyclone. “Ce qu’on ne comprend pas c’est que depuis Chido, on a fait un ponton à Mamoudzou pour faire arriver les bateaux de croisière, en Petite-Terre, ils ont mis un ponton à Ballou pour le Maria Galanta, ils en ont rajouté pour la gendarmerie et la marine nationale”, énumère-t-il, avant d’ajouter : “Et nous, on n’a toujours rien, alors qu’on travaille, on a des salariés, on a l’impression que le conseil départemental n’en a rien à fiche.”
Denis Fabre avertit que la mobilisation pourrait se poursuivre dans les jours à venir si les engagements pris ne sont pas traduits en actes. Il souligne également un effet collatéral pour la population : contrairement aux grèves des agents du STM, les habitants ne pourront pas se rabattre sur les taxi bateaux, cette prestation étant bien souvent assurée par les professionnels eux-mêmes, mobilisés ce lundi.
L’accord de principe obtenu avant la réunion de ce mardi au Département-Région doit désormais être confirmé par des mesures concrètes. Pour les professionnels nautiques, c’est bien la capacité de la collectivité à honorer ses engagements qui est en jeu, près d’un an après le passage du cyclone Chido.