L’économie française au point mort, les marchés s’impatientent et la facture budgétaire s’alourdit
Le produit intérieur brut français a reculé de 0,1% au troisième trimestre 2026, selon les chiffres publiés par l’Insee vendredi 30 octobre. La contraction tombe au plus mauvais moment pour les finances publiques. Le ministre de l’Action et des Comptes publics, David Amiel, a indiqué que le budget pour 2027 nécessiterait en conséquence « davantage d’efforts » que ceux prévus dans le projet initial.
Pour les investisseurs et les opérateurs de marché, le signal est clair. Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, l’a reconnu ce 30 octobre : « L’économie française est à l’arrêt ». Après une baisse de 0,2% au premier trimestre, puis une stagnation au deuxième, l’activité déçoit de nouveau. Techniquement, il faut au moins deux trimestres consécutifs de recul du PIB pour parler de récession. On n’en est pas là, mais cette stagnation inquiète les acteurs économiques.
Sur le terrain, les entreprises et les ménages restent attentistes. Face à des perspectives à court terme très peu rassurantes, les premières diffèrent leurs décisions, tandis que la dynamique du pouvoir d’achat des ménages est extrêmement faible. La confiance des consommateurs a chuté à son plus bas niveau en 13 ans, dans un climat d’incertitude sociale et politique.
Entre-temps, le coût du financement de l’État devient le principal point de tension. Alors que le Parlement débat du budget 2027, la France rencontre des difficultés pour emprunter sur les marchés. Les coûts d’emprunt flambent : en octobre, le taux auquel l’État se finance a franchi le seuil symbolique des 5%, une première depuis 2002. L’écart entre les taux d’intérêt à dix ans français et allemand, le « spread », indicateur de la confiance des marchés, se creuse. Philippe Waechter, chef économiste chez Ostrum Asset Management, y voit le signe que « les investisseurs à Singapour, à Tokyo ou à New York sont en train de perdre patience sur l’économie française ». Conséquence directe : l’État français aura de plus en plus de mal à emprunter, les taux deviendront très hauts et le remboursement de la dette publique coûtera désormais plus cher.
Ce contexte soulève des questions sur la dynamique économique à venir, notamment sur l’investissement privé. « Personne n’investit : ni les ménages, ni les administrations publiques et encore moins les entreprises. Cela veut dire qu’au moment de la révolution technologique, que ce soit dans le domaine de l’intelligence artificielle ou celui de la transition énergétique, des entreprises françaises n’investissent pas, alors qu’il serait absolument nécessaire de le faire massivement », insiste l’expert. Selon lui, cette situation attentiste risque de perdurer jusqu’à l’élection présidentielle prévue en mai 2027.
La référence publiée par RFI, accessible à l’adresse https://www.rfi.fr/fr/france/20261030-l-%C3%A9conomie-fran%C3%A7aise-%C3%A0-l-arr%C3%AAt-rend-l-%C3%A9quation-budg%C3%A9taire-difficile, souligne que l’équation budgétaire devient difficile alors que l’économie française est « à l’arrêt ».
En Europe, le tableau reste contrasté. Tandis que la France déçoit et que l’Italie stagne, l’Allemagne et l’Espagne progressent, ce qui permet d’atteindre globalement une croissance en zone euro de 0,4% au troisième trimestre 2026. Cette performance illustre la résilience de l’économie européenne face à l’impact inflationniste de la guerre en Iran et aux suites de la canicule. Reste à savoir combien de temps elle pourra encore résister, alors que les prix de l’énergie ne cessent de grimper, au risque d’alourdir davantage les coûts pour les entreprises, les ménages et les finances publiques françaises.