En France, la facture de la crise lycéenne se chiffre désormais en milliards d’euros. Mardi 6 octobre, 450 000 manifestants étaient dans la rue selon l’Union syndicale, pour réclamer plus de moyens pour les lycées. Une mobilisation partie de la région parisienne à la mi-septembre, et qui pourrait se poursuivre ce mercredi. Pour les marchés comme pour les observateurs budgétaires, la question centrale est celle du coût : alors que le pays traverse une situation financière délicate, combien l’exécutif est-il prêt à engager pour calmer la contestation ?
Le débat se joue en grande partie dans l’examen du budget à l’Assemblée nationale. La députée Prisca Thévenot, proche du candidat à la présidentielle Gabriel Attal, défend une méthode qui consiste à rétablir l’ordre d’abord, pour pouvoir répondre aux revendications au moment du passage du budget. « Une partie des revendications, c’est quand même beaucoup plus de moyens. Donc, il ne faut pas mentir aux gens. Oui, il y a des enjeux de lignes budgétaires pour les étudiants, pour l’amélioration des conditions de travail, des conditions d’apprentissage », explique-t-elle. Autrement dit, l’essentiel des demandes des lycéens se traduit in fine en arbitrages financiers.
Le Parti socialiste, lui, perçoit des signaux positifs de la part de l’exécutif en faveur des lycéens et réclame un « plan d’égalité des chances ». Son député Romain Eskenazi en détaille la composition : « Cela inclut une partie investissement dans les locaux, une partie recrutement et une partie orientation par rapport à Parcoursup, qui sont les trois principales revendications. Il faut que le gouvernement monte encore un petit peu le niveau des propositions pour pouvoir abaisser les tensions et permettre aux lycéens de retourner en cours. » Un triptyque qui mêle capital investi dans les infrastructures, masse salariale et organisation de l’orientation, soit autant de lignes budgétaires à arbitrer.
Plus à gauche, l’insoumis Louis Boyard juge que le gouvernement reste aveugle aux revendications et doit rapidement « sortir le carnet de chèques ». « Si jamais le gouvernement met 10,8 milliards sur la table, alors on pourra s’assurer qu’on ait une éducation à égalité et des étudiants qui soient aidés face à la précarité », affirme-t-il. Un chiffre qui donne la mesure de l’écart entre les demandes politiques et les capacités financières que l’exécutif acceptera d’y consacrer.
Face à cette pression, le Premier ministre Sébastien Lecornu a lancé cinq chantiers pour tenter de répondre à la colère. Il annonce la suspension des cours jusqu’à la fin de semaine afin d’organiser « des temps de démocratie interne ». Ses services ont précisé qu’il s’exprimerait ce mercredi soir dans une allocution depuis Matignon sur « la situation dans les lycées, les prix des carburants, la crise agricole ainsi que la situation financière du pays ». Un programme qui confirme que la sortie de crise se jouera sur plusieurs tableaux économiques à la fois, du budget de l’éducation au coût des carburants, en passant par les finances publiques. Reste à savoir quels moyens, et quels montants, le gouvernement sera disposé à inscrire dans ses arbitrages pour ramener les lycéens en classe.