Agents payés sous le smic : les élus attendent des réponses

Agents payés sous le smic : les élus attendent des réponses

Des agents publics sous le smic : l'ultimatum de 24 heures qui fâche les élus

Pour plus de 800 000 agents publics déjà payés en dessous du smic, le pouvoir d’achat n’est pas une ligne de budget. C’est un quotidien fait de fins de mois difficiles. Ce sont eux, ainsi que les jeunes agents en début de carrière, que le gouvernement dit vouloir protéger. Mais la méthode employée, et le contenu exact de ses propositions, suscitent déjà la colère des élus qui les emploient.

Le contexte est celui d’une mobilisation sociale qui ne retombe pas. Plus d’un mois après le début du mouvement lycéen, la colère s’est élargie au monde du travail, frappé par la vie chère. Hier, les manifestations ont atteint une ampleur exceptionnelle : selon le ministère de l’Intérieur, plus de 30 000 personnes à Lyon, 24 000 à Nantes et 22 000 à Toulouse, où le cortège était pourtant interdit. Des villes plus petites ont vu défiler des foules importantes, avec 16 200 participants à Tours et 15 000 à Angers. Au total, le ministère compte 575 000 manifestants, quand les syndicats avancent plus d’un million, dont 1,5 million pour la CGT. À Paris, l’écart est saisissant : 65 000 personnes selon l’État, 350 000 selon les syndicats, pour un cortège qui a défilé pendant quatre heures avec une densité telle que le chiffre officiel paraît douteux.

Sur les pancartes, une revendication domine : la fin du blocage des salaires et du point d’indice, face à une inflation qui rend chaque fin de mois plus dure. Le gouvernement a fini par réagir. Une « conférence sociale » est annoncée pour le lundi 9 novembre, destinée à « apporter des réponses aux questions de pouvoir d’achat et de salaires ». Dès aujourd’hui, les organisations patronales seront reçues sur le sujet. Un « coup de pouce » anticipé sur le smic pourrait intervenir dès le 1er décembre, autrement dit une hausse supérieure à la seule indexation sur l’inflation, ce qui ne s’était pas produit depuis 24 ans. Plusieurs syndicats réclament environ 100 euros nets par mois ; le gouvernement semblerait prêt à proposer autour de 16 euros nets.

Pour les agents publics, une hausse du smic sans revalorisation du point d’indice a une conséquence immédiate : un nombre encore plus grand d’entre eux se retrouveraient en dessous du salaire minimum. L’État doit alors, année après année, activer « l’indemnité différentielle », qui rattrape la rémunération de ces agents pour les ramener au niveau du smic.

C’est précisément ce recours que le ministre de l’Action et des Comptes publics, David Amiel, veut réduire. Le 4 novembre, veille de la manifestation, il a envoyé un courrier aux associations d’élus pour leur soumettre des « pistes », en exigeant une réponse pour le lendemain. Maire info a pu consulter ce document. Le ministre y écarte une hausse du point d’indice, qui « engagerait durablement les finances de l’ensemble des employeurs publics », et propose « des options plus ciblées » concentrées sur « les agents les moins rémunérés et les débuts de carrière » : « Il est proposé un relèvement de l’indice minimum de traitement de 366 à 372 au 1er janvier 2027, accompagné de points supplémentaires dans les premiers échelons. » Une mesure présentée comme « proportionnée » et adaptée « aux ressources dont disposent » les employeurs, une préoccupation pour les finances locales que le ministre ne manifeste pas autant quand son gouvernement prélève 7 milliards d’euros sur les budgets locaux. David Amiel propose aussi de mieux soutenir les frais de déplacement des agents et demande leur avis sur une prolongation, jusqu’au 30 juin, du barème majoré des indemnités kilométriques, qui doit s’arrêter le 31 décembre.

Les associations d’élus n’ont pas digéré les 24 heures laissées pour répondre. L’AMF juge la méthode « inacceptable » et attend que le gouvernement « prenne enfin le temps d’un dialogue régulier avec les représentants des employeurs territoriaux plutôt que de les solliciter du jour pour le lendemain en les mettant au pied du mur une fois les mesures décidées ». Son président, David Lisnard, l’a répété sur X : « des enjeux aussi fondamentaux que le pouvoir d’achat des agents publics territoriaux et l’attractivité de leurs métiers, ainsi que leurs conséquences pour les contribuables, ne peuvent pas être traités de la sorte et en une journée ! »

Sur le fond, les employeurs territoriaux ont des positions connues, exprimées dans un rapport adopté le 16 septembre dernier en accord avec les organisations syndicales. Il dénonçait « le gel quasi permanent du point d’indice » et le « tassement des grilles par le bas ». Or le relèvement de l’indice minimum, s’il évite que des agents passent sous le smic, accentue précisément ce tassement : il rapproche de très nombreux agents de l’indice minimum, comme dans le privé où une hausse du smic seule « smicardise » des salariés. Concrètement, pour les agents, cela signifie des écarts réduits entre échelons et des années possibles sans la moindre évolution de rémunération.

Les employeurs territoriaux plaident pour une négociation annuelle des rémunérations avec l’État et les syndicats, y compris sur le point d’indice, dont la hausse est souhaitable mais indissociable d’un débat sur les capacités financières des collectivités, amputées de loi de finances en loi de finances. À défaut, la seule marge de manœuvre reste les primes et indemnités, qui creusent les inégalités entre agents et nourrissent la concurrence entre collectivités.

Le gouvernement a choisi l’inverse : un courrier, 24 heures pour répondre, puis des mesures qui coûteront cher sans régler le problème. Une étrange vision de la « concertation » et de la « co-construction » dont il se dit pourtant un si fervent défenseur. Reste à savoir ce que la conférence sociale du 9 novembre dira, en vrai, aux agents qui attendent un salaire qui suive la vie qui renchérit.

Questions-réponses

Combien d'agents publics sont concernés par le problème du smic ?

Plus de 800 000 agents publics sont déjà payés en dessous du smic, et une hausse du smic sans revalorisation du point d'indice en placerait encore davantage dans cette situation, obligeant l'État à activer chaque année l'indemnité différentielle.

Que propose le ministre David Amiel aux employeurs publics ?

Il écarte une hausse du point d'indice et propose un relèvement de l'indice minimum de traitement de 366 à 372 au 1er janvier 2027, accompagné de points supplémentaires dans les premiers échelons, ainsi qu'un meilleur soutien aux frais de déplacement et une éventuelle prolongation du barème majoré des indemnités kilométriques jusqu'au 30 juin.

Pourquoi les associations d'élus sont-elles en colère ?

Elles n'ont eu que 24 heures pour répondre au courrier du ministre. L'AMF juge la méthode inacceptable et son président, David Lisnard, estime que des enjeux aussi fondamentaux que le pouvoir d'achat des agents territoriaux ne peuvent pas être traités en une journée.

Que demandent les employeurs territoriaux sur le fond ?

Ils plaident pour une négociation annuelle des rémunérations avec l'État et les syndicats, y compris sur le point d'indice, dont la hausse est souhaitable mais indissociable d'un débat sur les capacités financières des collectivités, amputées de loi de finances en loi de finances.

Articles liés

  1. 1 Politique & Gouvernance Livret A : la gauche exige le retrait du prélèvement de 60 milliards
  2. 2 Politique & Gouvernance Londres supprime les frais fixes du gaz : 23 millions de foyers visés
  3. 3 Politique & Gouvernance Le Pen promet un gouvernement d'union si elle gagne en 2027
  4. 4 Politique & Gouvernance Guadeloupe : 24 figures réclament un gouvernement provisoire
  5. 5 Politique & Gouvernance Couvre-feu : le tourisme, pilier de l'économie, sous pression