Gouvernance : les questions de responsabilité soulevées par le fiasco sécuritaire du 17 octobre
Publié le 21 octobre 2026
Qui décide, qui commande, qui rend des comptes ? Telles sont les questions que soulève le fiasco sécuritaire du samedi 17 octobre, selon Sébastian Roché, sociologue, directeur de recherche au CNRS et auteur de La Police contre la rue, publié chez Grasset. Interrogé au micro de Théo Bourrieau, le chercheur attribue la responsabilité de ce fiasco, dans sa totalité, au gouvernement.
Son raisonnement tient en une phrase : quand la sécurité d’un événement échoue, c’est la chaîne de décision politique qui doit en répondre, et non les seuls agents exécutants. Roché place la défaillance à son vrai niveau, celui de l’autorité qui fixe les orientations, alloue les moyens et assume les conséquences. Dans cette perspective, parler de fiasco sécuritaire n’est pas une formule rhétorique mais un constat de gouvernance : un État qui mobilise son appareil de maintien de l’ordre sans maîtriser ses effets engage sa propre responsabilité.
Le second volet de l’entretien interroge un déplacement plus inquiétant dans l’exercice du pouvoir. Comment la répression policière est-elle devenue une réponse politique à la colère sociale ? La question, posée d’emblée, désigne un choix de gouvernement : face à une expression sociale de mécontentement, l’option retenue n’est pas le dialogue ou le règlement politique du différend, mais le recours à la force publique. Pour un observateur des institutions, ce basculement pose un problème de fond. La police est un instrument au service d’un cadre légal et démocratique ; lorsqu’elle devient le premier outil de gestion d’un désaccord social, c’est la frontière entre maintien de l’ordre et arbitraire qui se brouille, et avec elle la confiance des citoyens dans leurs institutions.
Troisième question, enfin : l’institution policière dans son ensemble est-elle à réformer du sol au plafond ? La formule, radicale, suggère que le problème ne se limite pas à des incidents isolés ou à des comportements individuels, mais touche à la structure même de l’institution : ses modes de commandement, ses doctrines d’emploi, ses mécanismes internes de contrôle. Une réforme d’une telle ampleur relève par nature du politique. Elle exige une volonté gouvernementale, un cadre législatif et des instances de suivi capables d’en vérifier l’application. Sans cela, les annonces de réforme restent lettre morte et la responsabilité retombe, là encore, sur ceux qui détiennent le pouvoir de décider.
Au total, l’entretien dessine une grille de lecture résolument institutionnelle des événements du 17 octobre. La sécurité publique n’est pas un domaine technique échappant à l’appréciation politique : elle résulte de décisions prises par des responsables qui doivent en rendre compte devant les citoyens. Le fiasco, la répression comme réponse à la colère sociale et l’appel à une refonte complète de la police forment un même fil d’analyse, celui d’un pouvoir qui, selon le chercheur, a fait porter à son appareil policier un rôle politique qu’il ne devrait pas assumer seul, sans en assumer lui-même les conséquences.
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