Le Pen promet un gouvernement d'union si elle gagne en 2027

Bardella désigné Premier ministre, Ciotti en allié central du projet

Le Pen promet un gouvernement d'union si elle gagne en 2027

Un « gouvernement d’union nationale » si elle l’emporte en 2027 : devant les militants du Rassemblement national réunis à l’Aréna d’Orléans, Marine Le Pen a fixé les contours de son futur exécutif. La quadruple candidate à l’élection présidentielle a annoncé que le poste de Premier ministre reviendrait à Jordan Bardella et appelé à la formation d’un « gouvernement ouvert et pluraliste, un gouvernement que je souhaite d’union nationale ». Cette déclaration, faite au terme d’un meeting de campagne organisé dans une atmosphère tendue où l’actualité des manifestations a largement alimenté les prises de parole, dessine la stratégie institutionnelle d’un parti qui ne mène plus seul la bataille présidentielle.

Le choix de l’ouverture repose d’abord sur une alliance politique assumée. L’honneur d’introduire le meeting a été laissé à Éric Ciotti, président de l’UDR, rallié au RN en 2024 après avoir présidé Les Républicains. Accueilli par 8 500 personnes brandissant des drapeaux français distribués pour l’occasion, le maire de Nice a officiellement soutenu la candidate depuis une scène aux allures de ring de boxe. « Cette alliance, rien ne l’arrêtera jusqu’à la victoire », a-t-il lancé.

Cette alliance précieuse pour le RN, le président du parti l’a explicitement saluée la veille, samedi 24 octobre, lors du XIXe congrès du mouvement. Réélu avec 98,98 % des voix des adhérents dans un scrutin où il était le seul candidat, Jordan Bardella s’est adressé directement à son allié : « En faisant le choix de l’alliance, tu as brisé ce mur artificiel qui tenait éloignés les électeurs du Rassemblement national et ceux d’une droite patriote. » Il rappelait qu’après de nombreuses années de « relatif isolement », le parti aborde ce scrutin autrement que lors des dernières présidentielles. De son côté, Éric Ciotti a assumé son passage de la droite à l’extrême droite : « Moi, président du parti de la famille gaulliste, vous héritiers d’une histoire différente, nous avons su mettre nos petites différences sur le bord du chemin pour embrasser nos grandes convergences. »

La différence de traitement entre les soutiens de la campagne éclaire la logique institutionnelle du RN. Marion Maréchal, présidente du parti Identité et Libertés, doit se contenter du statut de « soutien » et n’a pas eu la parole au meeting, son entrée ayant seulement été diffusée sur les écrans géants. Un proche de la candidate l’explique sans détour : « Lui, il a un groupe parlementaire. » Une base solide sur laquelle s’appuyer pour composer un possible futur gouvernement.

Car l’UDR est aussi conçue comme un instrument de capture d’élus. « J’appelle mes anciens amis et collègues de LR, qui se querellent pour être les figurants d’une défaite annoncée, à nous rejoindre », a lancé le maire de Nice, les invitant à « quitter le Titanic macroniste » et à « revenir à la maison ». Le rôle de « sas » entre Les Républicains et le RN est pris si au sérieux par les cadres du parti que l’un d’eux imagine un bureau de campagne où siégeraient des alliés de l’UDR. La place est déjà faite : le sénateur Laurent Castillo coordonne le pôle santé et le député Maxime Michelet le pôle éducation.

Le Sénat illustre déjà cette recomposition. Depuis les élections sénatoriales de septembre, les élus des deux partis y sont réunis dans un seul groupe dirigé par la sénatrice Edwige Diaz. « Notre alliance n’est pas la fusion de deux partis, mais le travail conjoint de deux familles politiques patriotes qui se rejoignent sur l’essentiel. Nous sommes tous des amoureux de la France, nos adversaires politiques sont les mêmes », a expliqué la présidente du groupe Union des territoires depuis les gradins de l’Aréna. L’UDR revendique une première prise de guerre : la sénatrice de l’Ain Sylvie Goy-Chavent, qui siégeait jusqu’en septembre au sein du groupe de Mathieu Darnaud. Un nouvel élu RN au Palais du Luxembourg se dit « étonné du discours de certains LR » et s’interroge sur le moment de leur bascule : « Dans six mois, il y aura la grande machine à laver qui va repositionner. » Il siège aux côtés de Marie-Pierre Callet, ancienne vice-présidente LR du conseil départemental des Bouches-du-Rhône, choisie comme tête de liste RN aux dernières élections sénatoriales. « On aspire des cadres LR parce qu’ils sont proches de nous », résume un proche de Marine Le Pen.

Cette alliance a aussi un prix politique, exposé publiquement par Éric Ciotti qui a fixé les conditions de son soutien : une « grande loi de programmation pluriannuelle pour la sécurité et la justice », « réinstaller la liberté économique et imposer partout l’ordre républicain », ou encore « baisser massivement la dépense et supprimer les normes ». Le maire de Nice demande également « d’oser une dose de capitalisation pour réformer nos régimes de retraite » et de « mettre fin à l’impuissance indigeste du millefeuille territorial ». Ces mesures figurent dans un programme en cours de finalisation que Marine Le Pen détaillera dans les semaines et les mois à venir, à commencer par sa réforme des retraites le 17 novembre prochain. Le référentiel éditorial de cette couverture est disponible sur https://www.publicsenat.fr/actualites/politique/si-elle-gagne-en-2027-marine-le-pen-appelle-a-la-formation-dun-gouvernement-dunion-nationale.

Reste à savoir si cette architecture d’alliance, déjà éprouvée au Sénat et au sein de l’équipe de campagne, suffira à transformer l’union proclamée à l’Aréna d’Orléans en majorité gouvernementale en 2027.

Questions-réponses

Qui est annoncé comme Premier ministre si Marine Le Pen gagne en 2027 ?

Jordan Bardella, président du Rassemblement national, réélu avec 98,98 % des voix des adhérents lors du XIXe congrès du parti.

Quelles conditions Éric Ciotti a-t-il posées à son soutien ?

Une grande loi de programmation pluriannuelle pour la sécurité et la justice, la réinstallation de la liberté économique et de l'ordre républicain, une baisse massive de la dépense, la suppression de normes, une dose de capitalisation pour réformer les retraites et la fin du millefeuille territorial.

Comment l'alliance RN-UDR se manifeste-t-elle concrètement ?

Au Sénat, où les élus des deux partis siègent dans un seul groupe dirigé par Edwige Diaz, avec la sénatrice Sylvie Goy-Chavent comme première prise de l'UDR, et dans l'équipe de campagne où Laurent Castillo coordonne le pôle santé et Maxime Michelet le pôle éducation.

Pourquoi Marion Maréchal a-t-elle un statut de simple soutien ?

Selon un proche de la candidate, elle ne dispose pas de groupe parlementaire, contrairement à Éric Ciotti, ce qui explique la différence de traitement entre les soutiens de la campagne.