Vingt-quatre personnalités guadeloupéennes appellent à la création d’un gouvernement provisoire. Leur texte, publié le 24 octobre, propose la mise en place d’un Conseil national de la Guadeloupe, chargé de préparer l’avènement d’une République indépendante. Les signataires parlent d’un “Shadow Government”, un gouvernement de l’ombre, qui ne remplacerait pas immédiatement les institutions actuelles mais préparerait une transition politique.
L’appel intervient dans un contexte social tendu. Depuis plusieurs jours, la Guadeloupe connaît des barrages et des mobilisations. Le jeudi 22 octobre, des élus ont rencontré le préfet pour évoquer la situation. C’est dans ce climat que les auteurs du texte dénoncent la dépendance économique du territoire, la spéculation foncière, les difficultés du système éducatif et les menaces qui pèsent, selon eux, sur la langue et la culture guadeloupéennes. Pour eux, ces problèmes touchent directement le quotidien des habitants et exigent un changement profond du statut politique de l’île.
Le projet donne au futur gouvernement provisoire une mission précise : préparer un projet de société pour une future République de Guadeloupe. Les auteurs veulent réunir les différentes forces du territoire et créer une Assemblée populaire. Ils envisagent aussi des négociations avec l’État français portant sur les institutions, l’économie, les questions sociales et la culture. Ils réclament enfin des réparations liées à la colonisation, à la traite et à l’esclavage, ainsi qu’à l’engagisme des travailleurs d’origine indienne.
“Nous sommes, que nous le voulions ou pas, que nous en soyons conscients ou pas, une NATION ! Et le temps est venu de la consacrer”, affirment-ils. Et d’ajouter : “Il ne s’agit plus de négocier des aménagements marginaux ou de mendier des transferts compensatoires : la responsabilité politique doit être assumée directement par le peuple guadeloupéen.”
Le choix de la date n’est pas anodin. Le 24 octobre renvoie au 24 octobre 1801, jour où le contre-amiral Lacrosse, représentant du pouvoir français en Guadeloupe, fut arrêté à la suite d’un soulèvement auquel participaient notamment Joseph Ignace et d’autres officiers guadeloupéens. Un Conseil provisoire de gouvernement avait alors été mis en place. Cette période s’était achevée en 1802, avec l’intervention des troupes françaises et le rétablissement de l’esclavage. Deux cent vingt-cinq ans plus tard, les signataires invoquent cet épisode pour légitimer leur projet.
Parmi les vingt-quatre signataires figurent des figures historiques du militantisme guadeloupéen. Luc Reinette, l’un des visages historiques du mouvement indépendantiste, avait participé dans les années 1980 à la création de l’Alliance révolutionnaire caraïbe (ARC), organisation engagée dans la lutte armée pour l’indépendance. À la même époque, il avait porté un projet de gouvernement provisoire guadeloupéen depuis le Guyana. Raymond Gauthierot, ancien secrétaire général de l’UGTG, s’est engagé de longue date dans les luttes syndicales. Jean-Jacob Bicep, ancien député européen, est secrétaire général de l’Union populaire pour la libération de la Guadeloupe (UPLG), organisation indépendantiste fondée en 1978. Le texte porte également les signatures des avocats Roland Ezelin, ancien bâtonnier, et Evita Chevry, ainsi que de Jacqueline Jacqueray, engagée notamment sur les questions de mémoire et de réparations.
Reste à savoir quel écho cet appel rencontrera auprès de la population et des institutions, alors que le débat sur l’avenir statutaire de la Guadeloupe revient au premier plan du territoire.