Londres supprime les frais fixes du gaz : 23 millions de foyers visés

Un transfert de coûts vers le prix du kilowattheure redessine la facture énergétique

Londres supprime les frais fixes du gaz : 23 millions de foyers visés

Le gouvernement britannique a annoncé mercredi 28 octobre la suppression des frais d’abonnement fixes sur les factures de gaz des particuliers. Une mesure qui touche environ 23 millions de foyers. Selon les estimations officielles, six ménages sur dix disposant d’un contrat de gaz économiseraient en moyenne 45 livres par an, soit une cinquantaine d’euros. Mais le coût ne disparaît pas. Il est transféré vers une autre ligne de la facture, créant des gagnants et des perdants bien identifiés.

Ces frais fixes s’élèvent aujourd’hui en moyenne à 108 livres par an au Royaume-Uni, environ 120 euros, prélevés indépendamment de la consommation. Que la chaudière tourne ou reste éteinte, la somme reste identique. “Ces frais fixes coûtent aux ménages plus de 100 livres par an, quelle que soit leur consommation de gaz. Dès l’année prochaine, nous les supprimerons des factures de gaz des particuliers”, a déclaré le ministre britannique des Finances, John Healey, devant les députés de la Chambre des communes, lors de la présentation du budget. Le gouvernement prévoit également des réformes similaires pour les factures d’électricité.

Le mécanisme mérite un examen de près. Les frais fixes financent notamment les infrastructures d’acheminement du gaz jusqu’aux logements, et ces coûts continueront d’exister. Londres veut donc les déplacer vers la partie variable des factures, le prix de chaque kilowattheure consommé. C’est le régulateur britannique de l’énergie, Ofgem, qui devra mettre en œuvre cette réforme en 2027, ou dès que possible après cette échéance. Les petits consommateurs devraient généralement y gagner. Les gros consommateurs, eux, pourraient voir leur facture grimper.

Cette bascule soulève une question d’équité économique. Consommer davantage de gaz ne signifie pas être plus riche. Une famille nombreuse chauffe plus de pièces. Une personne âgée maintient parfois une température élevée chez elle. Les habitants de logements mal isolés consomment beaucoup d’énergie simplement pour avoir suffisamment chaud. Autant de situations où la hausse du prix du kilowattheure pèserait davantage sur le budget. Le gouvernement reconnaît ce risque et promet des mesures d’accompagnement ciblées pour certains foyers, dont les modalités restent à préciser.

L’annonce intervient sur un marché tendu. Mercredi 28 octobre, le prix de référence du gaz naturel en Europe, le TTF néerlandais, a brièvement atteint 100 euros le mégawattheure, une première depuis décembre 2022, au plus fort de la précédente crise énergétique. Cette flambée s’explique notamment par les perturbations des approvisionnements en gaz naturel liquéfié en provenance du Moyen-Orient, dans le contexte du conflit avec l’Iran. Depuis son début, fin février, les cours européens du gaz ont été multipliés par environ trois. Cette hausse des prix de gros ne se répercute pas immédiatement ni uniformément sur les factures : son effet dépend des contrats souscrits et des mécanismes de fixation des prix.

La comparaison avec la France éclaire la portée de la réforme. Les Français connaissent bien ce système sous le nom d’abonnement. Comme au Royaume-Uni, une facture française de gaz comprend une partie fixe et une partie variable, calculée selon les kilowattheures consommés. Pour un ménage chauffé au gaz, l’abonnement atteint 360,79 euros TTC par an dans la grille du prix repère publiée par la Commission de régulation de l’énergie (CRE) pour novembre 2026, soit un peu plus de 30 euros par mois avant même de consommer du gaz. Pour les ménages qui utilisent le gaz uniquement pour la cuisson et l’eau chaude, l’abonnement de référence tombe à 152,46 euros TTC par an. Ces montants restent indicatifs, les abonnements réellement facturés variant selon les fournisseurs et les contrats.

De son côté, la France s’apprête à subir une nouvelle hausse. Au 1er novembre, le prix repère de vente du gaz progressera de 6,6% TTC, après une augmentation de 6,3% en octobre. La CRE estime que cette évolution représentera environ 12 euros supplémentaires sur la facture de novembre pour les ménages dont le contrat est indexé sur le prix repère. Les offres à prix fixe ne sont pas directement concernées. À Londres comme à Paris, la structure tarifaire du gaz, entre coût fixe et coût d’usage, s’impose désormais comme un enjeu économique majeur. Reste à savoir si les mesures d’accompagnement promises par le gouvernement britannique suffiront à protéger les gros consommateurs, souvent les plus fragiles.

Questions-réponses

Que financent les frais fixes supprimés sur les factures de gaz au Royaume-Uni ?

Ces frais, en moyenne de 108 livres par an (environ 120 euros), financent les infrastructures d'acheminement du gaz jusqu'aux logements. Ils sont prélevés indépendamment de la consommation.

Qui mettra en œuvre la réforme et à quelle échéance ?

Le régulateur britannique de l'énergie, Ofgem, devra la mettre en œuvre en 2027, ou dès que possible après cette échéance.

Pourquoi les cours du gaz ont-ils flambé en Europe ?

Le TTF néerlandais a brièvement atteint 100 euros le mégawattheure, une première depuis décembre 2022, en raison de perturbations des approvisionnements en gaz naturel liquéfié liées au conflit avec l'Iran ; les cours européens ont été multipliés par environ trois depuis fin février.

Quel est le montant de l'abonnement gaz en France ?

Selon la grille du prix repère de la CRE pour novembre 2026, l'abonnement atteint 360,79 euros TTC par an pour un ménage chauffé au gaz, et 152,46 euros TTC par an pour un usage limité à la cuisson et à l'eau chaude.