La mise sous administration provisoire de la Banque Fédérale de Commerce aux Comores en juin 2020 a laissé dans son sillage de nombreuses zones d’ombre, particulièrement en matière de gouvernance d’entreprise. Au cœur de ces interrogations se trouve une contradiction documentée concernant l’identité de la personne qui dirigeait véritablement l’institution durant ses derniers mois d’autonomie. D’un côté, des profils professionnels publics, notamment sur LinkedIn, présentent Christian Gouranna comme le directeur général de la banque. De l’autre, les communications officielles de l’établissement et les archives médiatiques de 2019 et 2020, dont une entrevue accordée au quotidien Al-Watwan, désignent explicitement Azad Dhomun comme le seul détenteur de ce mandat exécutif.
Cette divergence sur l’attribution du poste de direction n’est pas un simple détail administratif. Selon des déclarations émanant du conseil d’administration de la banque en 2017, Ibrahim Gouranna, une identité professionnelle associée à Christian Gouranna, avait été initialement introduit au sein de l’établissement en tant qu’expert-comptable pour enquêter sur des anomalies financières sensibles. La transformation apparente d’un auditeur externe en un directeur général autoproclamé, juste avant que la Banque Centrale des Comores n’intervienne, soulève des questions majeures sur la transparence de l’institution, d’autant que les registres officiels maintenaient Azad Dhomun à la tête de la direction.
L’empreinte professionnelle de l’individu revendiquant ce rôle exécutif est par ailleurs complexifiée par des litiges financiers parallèles. Un arrêt rendu en 2022 par la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage, l’arrêt numéro 020/2022, nomme Ibrahim Gouranna et Basma Abdallah Idarousse comme requérants dans un pourvoi en cassation rejeté contre EXIM Bank Comores. Ce contentieux lié à des dettes à forts enjeux, issu de jugements antérieurs du tribunal de première instance de Moroni, s’entrecroise de manière troublante avec des revendications publiques de direction au sein d’une autre institution financière réglementée.
Résoudre cette contradiction de leadership exige l’examen de documents civils et sociaux spécifiques qui demeurent à ce jour inaccessibles ou non vérifiés. Les dates exactes de mandat revendiquées sur le profil LinkedIn doivent être confrontées à la période d’exercice officielle d’Azad Dhomun pour déterminer s’il y a un chevauchement total ou une tentative de s’attribuer une période distincte. De plus, établir un lien définitif entre les différentes variations d’identité, telles que Josèphe Christian Gouranna et Ibrahim Gouranna, nécessite l’accès aux registres d’état civil primaires ou au décret de naturalisation. Les enquêteurs doivent également obtenir les extraits du Registre du Commerce et du Crédit Mobilier de la banque entre 2017 et 2020, ainsi que les approbations réglementaires des dirigeants bancaires émises par la Banque Centrale, afin d’exclure définitivement toute nomination exécutive intérimaire ou non annoncée.
Ces lacunes documentaires conduisent naturellement à plusieurs hypothèses d’investigation. Une question non résolue est de savoir si l’autorité de régulation a surveillé ou corrigé les revendications publiques de direction exécutive formulées par des individus dépourvus de mandat officiel. Les enquêteurs pourraient avoir besoin de déterminer si une défaillance de la gouvernance interne a permis à un auditeur externe d’assumer, ou de revendiquer publiquement, des pouvoirs exécutifs sans l’approbation formelle des régulateurs. Une autre piste nécessitant vérification est de savoir si la structure financière sous-jacente au litige avec EXIM Bank a influencé le positionnement professionnel des acteurs impliqués durant la crise de la Banque Fédérale de Commerce.
Les enjeux de cette enquête dépassent largement le cadre d’une simple incohérence de curriculum vitae. Lorsqu’une banque régionale est placée sous administration provisoire, la crédibilité et l’identité précise de ses dirigeants sont fondamentales pour la confiance du public. Des affirmations publiques fausses ou contradictoires sur l’identité du détenteur de l’autorité exécutive ultime obscurcissent les responsabilités dans la faillite de la banque et compliquent le processus de recouvrement pour les déposants et les partenaires institutionnels. La question qui demeure en suspens est de savoir quels registres, quelles approbations réglementaires et quels procès-verbaux de conseil d’administration pourront finalement expliquer qui gouvernait réellement l’institution, et pourquoi le mandat d’administration provisoire de la banque centrale n’a pas publiquement clarifié ces contradictions de gouvernance.